Hélène Paris Et la nuit éclairait la nuit
 

Et la nuit éclairait la nuit

Hélène Paris
Et la nuit éclairait la nuit, 2017
Technique mixte (bois peint, dibond)
50 x 60 cm
Édition de 5 exemplaires + 1 EA
Édition LEMOW
© lemow
750€

L’aveuglement nous tient à la peau comme un réflexe de survie éminemment naturel, « toute action exige l’oubli, comme la vie des êtres organiques exige non seulement la lumière mais aussi l’obscurité » (Nietzsche). En la nuit intérieure de l'ignorance, le regard flotte, se contemple à l'état mutilé, confronte un abîme sans fond au sein duquel des reflets instables apparaissent et disparaissent tour à tour, et ne trouvent jamais terre où reposer.

Car son sol est une terre brûlée où rien ne vient plus pousser ; produit d’une histoire révolue, qui ne peut plus être amendée ni renversée. À défaut d’élucidation reste l’esquive : face à un horizon massif, sombre, inflexible, le regard défaille, l’esprit se refusant à croire cesse de voir. Il s'installe dans une perpétuelle zone d'ombres. Confrontées à un enchaînement de processus anonymes, aux origines indiscernables, à l’ampleur littéralement inhumaine, les formes même de la pensée ploient jusqu’à rompre, incapables de s’approprier une réalité qui les dépasse, dont l’irruption plonge le spectateur dans une sidération qui signe l'abolition de toute parole. La disproportion proprement monstrueuse entre ce qui fait face et les moyens de l’accueillir, paralyse le regard jusqu’à la pure obscurité. 

Une telle expérience fut un temps source de jouissance sous le nom de sublime ; mais l'enchantement s'en est retiré comme une marée redescendue, et de l'extase ne reste que l'effroi. Car cette nuit où l'on se perd sert à cacher une autre nuit, autrement plus grande, qui étend son emprise par l’oubli même où elle est plongée. « Chacun connaît autant qu'il veut, voit autant qu'il vit » (C. Michelstaedter). 

Louis Morelle
 

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